Il marche à
son rythme qui constitue pour lui " la bonne allure "
et il convient alors que celle de ses compagnons soit la sienne.
Par bonheur, l'allure du chemin et la nôtre entrent en
connivence. L'écrivain Jules Renard demanda un jour à
un paysan à combien de kilomètres se trouvait
le village le plus proche. Il n'obtint pas de réponse
mais, après avoir parcouru une centaine de mètres,
il lui fut crié : " à une demi-heure "
Jules Renard ne comprit
pas le procédé. Mais l'autre dans sa sagesse,
a d'abord voulu connaître son allure. Il convient de ne
pas céder au découragement. Il est des jours sans
où l'on regrette de s'être levé si tôt
ou d'avoir sacrifié une obligation, un autre plaisir.
En général, l'allégresse revient très
vite. Pour ma part, je piaffe dés les premiers mètres,
j'oublie la longueur des trajets, puis la raison me revient.
Avec l'âge, ayons la lucidité de nous montrer moins
ambitieux. Sans aucune amertume, tout à la joie de bénéficier
de ce privilège royal qui nous est donné d'user
de notre corps et d'enjamber l'espace
.
Conservons ce sentiment
de l'inépuisable, et la Terre ne se réduira jamais
à une somme d'images ou à une addition d'objets.
Elle ne cesse de germiner, de croître, de décroître,
parfois sous la forme de villes nouvelles. Ce chemin que j'ai
parcouru voilà une heure, si je l'entreprenais à
nouveau, me prodiguerait de nouvelles sensations. En le considérant
attentivement, il me semblerait tout autre. La Terre est immense
et, à mesure que je la visite, elle me paraît d'une
diversité déconcertante. L'univers du marcheur
est somptueux. Il affecte ses sens équitablement, généreusement,
sans aucune retenue à la source, à l'arbre, à
l'oiseau.
La marche satisfait
à la fois notre aspiration à une vie sociale authentique
comme notre besoin de solitude. Ce n'est pas rien de considérer
avec des amis les mêmes paysages, de sonner le réveil,
de décider de la halte, de déballer ses provisions
ensemble, parfois de se donner du courage et de soulager un
compagnon en difficulté. Puis arrive le moment de nous
séparer avec un peu de tristesse, dans l'espoir d'une
autre balade. La beauté, la fatigue se partagent et,
lorsque nous nous en souviendrons, nous associerons nos amis
dans la mémoire de nos modestes exploits.